Définition
et chiffres
La
boulimie est un trouble complexe, multi-factoriel qui se caractérise
concrètement par des crises compulsives ou la prise alimentaire
prend des proportions incontrôlables.
w
70% des boulimiques sont des jeunes filles ou des femmes.
w
10% des femmes sont touchées à un moment ou un autre par
des périodes alimentaires compulsives.
w
70% des boulimiques ont un poids normal (« invisibilité »
du trouble)
w
20 % des boulimiques souffrent d’une autre dépendance
Les
critères diagnostiques de la boulimie (DSM IV, 1994)
Survenue récurrente
de crises de boulimie. Une crise de boulimie répond aux deux caractéristiques
suivantes :
-
Absorption, en une période de temps limitée, d’une quantité
de nourriture largement supérieure à ce que la plupart des
gens absorberaient en une période de temps similaire et dans les
mêmes circonstances.
-
Sentiment d’une perte de contrôle sur le comportement alimentaire
pendant la crise
Comportements
compensatoires inappropriés et récurrents visant à
prévenir la prise de poids, tels que : vomissements provoqués,
emploi abusif de laxatifs, diurétiques, lavements ou autres médicaments
; jeûne ; exercice physique excessif.
Les
crises de boulimie et les comportements compensatoires inappropriés
surviennent tous deux, en moyenne, au moins 2 fois par semaine pendant
3 mois. L’estime de soi est influencée de manière excessive
par le poids et la forme corporelle.
Le
trouble ne survient pas exclusivement pendant des épisodes d’anorexie
mentale.
Il existe
deux types de boulimie :
w
Type avec vomissement ou prise de purgatifs:
pendant l'épisode actuel de boulimie, le sujet a eu régulièrement
recours aux vomissements provoqués ou à l'emploi abusif de
laxatifs, diurétiques, lavements.
w
Type sans vomissements ni prises de purgatifs:
pendant l'épisode actuel de boulimie, le sujet a présenté
d'autres comportements compensatoires inappropriés, tels que le
jeûne ou l'exercice physique excessif, mais n'a pas eu régulièrement
recours aux vomissements provoqués ou à l'emploi abusif de
laxatifs, diurétiques, lavements.
Avec
ou sans vomissements – Réflexions personnelles
Dans cet article,
je parlerai d’hyperphagie pour la forme de boulimie sans stratégies
d’élimination (vomissement, laxatif…) et de boulimie pour la boulimie
accompagnée de stratégies d’élimination. La page sur
le poids et le surpoids contient des ressources et renseignements concernant
l’hyperphagie (50% des personnes en surpoids au moins présentent
les critères de l’hyperphagie).
Je ne peux
tout de même m’empêcher d’apporter une réflexion sur
cette terminologie diagnostique. La boulimie avec vomissement constitue
une évolution du phénomène boulimique. Les personnes
boulimiques c’est-à-dire présentant des prises compulsives
de nourriture ou bien des personnes anorexiques découvrent à
un moment donné que vomir permet de contrôler le poids sans
se priver des crises. Le vomissement n’est donc à ses débuts
qu’une solution à la boulimie et à la peur de prendre du
poids. Mais le vomissement devient assez vite un rituel et dans certains
cas de plus en plus agréable, jusqu’à devenir même
le plus grand plaisir, c’est-à-dire le phénomène recherché
dont la prise de nourriture n’est plus qu’une étape. Il apparaît
alors que ce n’est plus de la prise de nourriture qu’on ne peut plus se
passer mais du vomissement qui devient le centre du trouble. D’une boulimie
initiale, on glisse vers un Syndrome du vomissement (Nardone), sorte
de « compulsion vomitive » ou la prise de nourriture et le
poids deviennent des éléments secondaires à la faveur
du vomissement lui-même.
Pour résumer,
en matière de boulimie, on a donc trois sous-groupes définis,
différents mais qui peuvent également constituer les étapes
de l’évolution du trouble alimentaire chez une même personne
:
1) Hyperphagie
: prise compulsive de nourriture.
2) Boulimie
: prise compulsive de nourriture et stratégies compensatoires
pour ne pas prendre de poids (tendance anorexique)
3) Syndrome
du vomissement : « mutation » de la boulimie vers une compulsion
du vomissement.
FACTEURS
ET AXES DE TRAVAIL
Au premier
abord, la plainte de la personne souffrant de boulimie concerne essentiellement
l'alimentaire, les vomissements, le poids... Ces sujets ont un rôle
central, détiennent un presque monopole. La fonction du thérapeute
est de favoriser le déplacement de l'attention et de la réflexion
vers d'autres éléments structurels, générant
le processus pathologique. C'est la résolution de ces problématiques
"primairo-secondaires" qui permettra de dénouer le trouble.
"Un passant
rencontre un autre homme, dans la rue. Celui-ci est à quatre pattes,
sous un réverbère et semble chercher quelque chose.
- Que faites-vous
ici, sous ce réverbère. Avez-vous un problème?
- J'ai
perdu mes clefs, je les cherche.
Le passant
décide d'aider l'homme et se met à quatre pattes pour chercher
avec lui. Après quelques minutes de recherches infructueuses, commençant
à sentir poindre un certaine lassitude ainsi que des douleurs dans
les genoux, le passant demande à l'homme :
- Arrivez-vous
à vous rappeler ce que vous avez fait et où vous étiez
quand vous les avez perdues?
- J'étais
là bas, répond l'homme, montrant le trottoir opposé,
plongé dans la pénombre.
- Mais
pourquoi vous acharnez-vous à chercher ici?
- Ici,
c'est mieux, il y a de la lumière."
Le trouble
alimentaire est généralement très sophistiqué
dans sa structure, multifactoriel. Les degrés d'intervention sont
donc multiples.
Quelques axes
sont présentés ici et seront développés au
fil du temps :
Adolescence
et puberté
Une
puberté précoce et/ou inattendue (donc souvent non-anticipée
par la personne elle-même et le milieu familial) peut constituer
un choc important chez une adolescente, à l'origine de troubles
du comportement alimentaire. En devenant sexuée, l'adolescente s'expose
à différentes perturbations, physiologiques et psychologiques
et à un changement de statut, familial et social.
Nul besoin
de posséder un doctorat en psychologie pour savoir que adolescence
et puberté constituent des étapes importantes du devenir
de tout être humain. Dans la genèse du trouble alimentaire,
la puberté est souvent une étape importante, étape
de perte de repères autant corporels que psychologiques. L’image
se brouille.
La graisse
pendant l'enfance est distribuée uniformément dans le corps,
de manière harmonieuse. Un enfant peut être jugé mignon
car présentant un physique « poupon ». A l'adolescence,
la graisse vient se situer essentiellement sur le ventre, les cuisses et
les fesses, zones sensibles aux effets des hormones (et s'organisant entre
autres pour une future maternité). Le corps poupon se transforme
en quelque chose de plus hétérogène. Le corps perçu
se modifie et se fragmente.
De plus, les
adolescentes au moment de la puberté prennent du poids plus vite
qu'elles ne grandissent, augmentation bien plus importante que pour les
garçons, désynchronisme qui peut accentuer l'intensité
du mal-être. Cette évolution normale et naturelle peut être
donc être perçue comme une mutation dangereuse et déstabilisante.
A
cette insatisfaction corporelle, rendue réelle par la puberté
et perçue comme ingrate se mêle aux premières relations
sentimentales et donc à l’exigence de plaire : conflit entre «
je suis moche » et «c’est nouveau et important pour moi de
plaire ». Les changements hormonaux favorisent également une
certaine instabilité émotionnelle dont des phénomènes
d’impulsivité que l’on retrouve dans les compulsions alimentaires.
Le rôle
de l’entourage est alors assez prépondérant. Le papa par
exemple, est le premier référent masculin. Sa fille étant
enfant, il lui disait peut-être souvent qu’elle était jolie.
Mais elle évolue, se rebelle voire l’intimide en devenant sexuée.
Il ne le dit plus. Le premier référent est muet. La jeune
fille peut en venir à se dire : « Je ne lui plait pas. Pourquoi
?... Parce que je suis trop grosse… ». C’est là un mécanisme
entre d’autres.
Pour contrôler
ces phénomènes qui la dépassent, l’adolescente va
rechecher une norme (sociale) et mettre en place des stratégies
de contrôle. Ce cocktail de phénomènes décrit
plus haut est souvent à l’origine de la mise en place
de restrictions et d’un certain perfectionnisme, purisme, qui mèneront
à court ou moyen terme au trouble alimentaire.
Perfectionnisme
et boulimie
Le perfectionnisme
est une donnée quasi omniprésente dans le cadre de la boulimie
(prise alimentaire compulsive avec stratégies d’élimination).
Elle est à mettre en inter-relation avec la confiance en soi, évoquée
par ailleurs. Ce perfectionnisme est assez limité, dans le sens
où il naît le plus souvent de manifestations anxieuses : peur
du jugement, de la critique, de l’évaluation. Bref ce que l’on nomme
anxiété de performance, plutôt la peur d’échouer
que la volonté de réussir. Cette forme de perfectionnisme
démontre une basse estime de soi puisqu’elle sous-entend que l’on
est critiquable, défaillant.
Le milieu familial,
en portant de l’importance à la réussite et à l’aspect
corporel peut participer à ce phénomène. La perfection
est souvent une préoccupation majeure : l’image doit être
bonne, les comportements non-normatifs ou de perte de contrôle doivent
être absents ou cachés. Il ne s’agit pas là encore
d’être performant mais plutôt de ne pas montrer ce qui peut
paraître défaillant ou jugé anormal.
Un modèle
fréquent correspond à un couple parental ou la maman est
effacée du point de vue de la communication ou de l’intellect, plus
ou moins limitée à un statut nourricier et ménager.
Le papa est présenté comme plus brillant, cultivé.
Se noue une relation privilégiée père-fille d’où
la maman est plus ou moins exclue. Cela peut même mener à
une forme de concurrence mère-fille, où la jeune fille évolue
sous la pression des exigences paternelles, une obligation d’être
à la hauteur de ces attentes. Cette compétition mère-fille
est d’autant plus développée si la maman elle-même
rencontre des problèmes de poids ou des problèmes alimentaires.
Cette image
de perfection est frappante en consultation. Bon nombre de thérapeutes
surnomment d’ailleurs les personnes souffrant de boulimie : les «
saintes ». Même pendant un entretien thérapeutique,
elles sont dans le contrôle permanent de leur communication, de leur
apparence, de l’image familiale, de leur vie affective et sexuelle. La
seule exception ? Les crises de boulimie, perte de contrôle naturelle
et inévitable vu le contexte, mais qui « fait tâche
» dans ce tableau idyllique mais artificiel.
Ce perfectionnisme,
ce niveau d’exigence entraînent une tension intérieure, un
malaise et un mal-être qui seront calmés, ponctuellement par
la prise alimentaire. Mais pour garder une image irréprochable,
les crises vont être secrètes et les stratégies d’élimination
vont venir préserver le contrôle de l’apparence physique.
Le perfectionnisme est donc au centre de la problématique personnelle
et familiale du sujet et donc au centre du trouble alimentaire et de son
développement.
Contrôle
et perte de contrôle
Dans tout domaine
psychologique et à fortiori dans celui des troubles, alimentaires
ou autres, il y a une règle élémentaire : «
plus il aura contrôle, plus il aura perte de contrôle ».
Le contrôle est illusoire (on appelle d’ailleurs cela « illusion
de contrôle »). Installée, dans un système perfectionniste
et exigeant, la personne souffrant de boulimie met en place des stratégies
de contrôle de plus en plus sophistiquées. Il s’agit de contrôler
l’incontrôlable, démarche infernale, condamnée à
l’avance qui ne peut mener qu’à une surenchère. Le contrôle
s’installe à différents niveaux transformant un trouble (la
boulimie) en un véritable mode de vie. Quelques exemples :
- Pour un
grand nombre, les crises sont planifiées, ritualisées : secret,
horaires, contraintes, planification d’achat.
- Contrôle
du poids, par la mise en place de stratégies d’élimination
: vomissement, laxatif (20%)
- Contrôle
des quantités, toujours importantes, pour garantir le vomissement.
- Tentatives
de surveillance et de contrôle externes par l’entourage.
- Contrôle
du poids par des périodes anorexiques (dans 50% des cas), de jeûne
ou de sport à outrance.
Les stratégies
de contrôle, réponses mises en place pour contrôler
le trouble n’ont d’effet que de l’accentuer et de le chroniciser en créant
un cercle vicieux sous la forme de l’alternance contrôle/perte de
contrôle.
Restriction
cognitive
Notre société
est rationaliste, scientifique et trouve assez fréquemment sa satisfaction
dans le contrôle de la réalité qui l’entoure. Il en
est de même dans le domaine alimentaire. Face à des problèmes
de poids (ou un risque ou une illusion de problème de poids), la
stratégie n°1 consiste en la mise en place d’un contrôle
de l’alimentation, à base de règles, de stéréotypes…
Ainsi, les personnes que je côtoie dans des consultations portant
sur les troubles alimentaires sont de véritables encyclopédies
de diététique ambulantes, affirmant à tout vent et
avec véhémence leurs règles alimentaires (discutables
ou non) et présentant des croyances inébranlables dans ce
domaine. Il est intéressant de noter que paradoxalement, plus il
y a de certitudes et de règles, plus il y a trouble alimentaire.
Cet aspect nourrit un principe assez général dans le domaine
des troubles psychologiques (et donc également alimentaires) : plus
il y a de contrôle, plus il y aura perte de contrôle. Cet
aspect trouve une explication assez simple et nette : le naturel ne
se contrôle pas. Et l’alimentation fait partie du naturel.
Il y a d'ailleurs
un conte ancien qui relate comment la fourmi demanda au mille-pattes :
« Pouvez-vous me dire comment vous arrivez si bien à
marcher avec mille pattes ? Pouvez-vous m’expliquer comment vous pouvez
les contrôler toutes en même temps ? » Le mille-pattes
se mit à y réfléchir et ne put alors plus marcher.
Comment obtient-on
un résultat opposé au résultat désiré?
Les problèmes de poids (pour l’hyperphagie), ou la peur de prendre
du poids (boulimie et anorexie), conduisent à la mise en place de
croyances sur l’alimentation, croyances qui génèreront des
comportement inadaptés. Sous contrôle, les choix alimentaires
se fondent sur la régularité et la quantité au détriment
de la nature de l’alimentation qui elle se fonde sur l’adaptabilité
aux besoins du moment donc à la variabilité, au goût,
à l’appétit et la notion de rassasiement ou de satiété.
Sous contrôle,
l’alimentation ne se construit plus sur des informations internes mais
sur des critères externes.
Alors, quel
est le problème si on suit un régime et que l’on maigrit
?
Le problème
essentiel est que, selon l’expression consacrée : « chassez
le naturel, il revient au galop ». Le contrôle ou le régime
s’inscrivent dans une première étape, phase volontariste
ou le sujet fait abstraction de ses signaux internes du type goût,
faim et satiété pour se conformer aux règles prescrites
: il faut manger équilibré, il faut manger trois fois par
jour, il faut manger ceci à midi et ceci le soir, … Pour supporter
cet effort surhumain, le sujet met en place des rituels, évitements,
interdictions absolues… Le système se rigidifie au détriment
des rythmes naturels, des goûts, … L’extrémité de cet
hyper-contrôle se révèle à travers l’anorexie,
sorte de régime perpétuel.
A part les
personnes se tournant vers l’anorexie, l’être humain n’apprécie
guère les « il faut » ou « je dois », opérateurs
modaux détestables. Un tabou est fait pour être transgressé.
Le premier
tabou transgressé est celui de la quantité : la personne
craque en mangeant en grande quantité des aliments autorisés.
Mais la satisfaction n’est guère au rendez-vous (d’où les
importantes quantités absorbées).
Le deuxième
tabou transgressé est celui du goût (et de la charge calorique
qui en général l’accompagne) : le sujet craque pour un aliment
interdit, par goût. Et comme elle compte bien continuer le régime
après cet accident, elle en consomme une grosse quantité.
Chaque « craquage » comme disent les adolescents, est considéré
et vécu comme le dernier c’est-à-dire avec une intensité
comparable à l’enterrement d’une vie de garçon.
Ces aspects
sont renforcés par le fait que des personnes ayant eu à
subir les affres du contrôle ou du régime pendant un certain
temps, n’ont plus ou peu de sensation de satiété. Ayant anesthésié
ses sensations, le sujet ne sent donc plus (ou peu) si il a faim ou non,
ce qui pose rapidement problème dans le cadre des troubles alimentaires.
Cet aspect débouchera sur l’hyperphagie et la prise de poids ou
la mise en place de stratégies d’élimination dans la boulimie
ou l’anorexie-boulimie.
D’un point
de vue psychologique, la présence des règles entraîne
deux processus qui vont venir amplifier les phénomènes :
frustration et culpabilité. Frustration face aux interdits, aux
arbitraires du régime (draconien ou non) et puis culpabilité
après la perte de contrôle. Il est d’ailleurs à noter
que dans les troubles alimentaires, les émotions que sont frustration
et culpabilité sont anesthésiées et calmées
d’une manière précise et particulière : par la
prise importante de nourriture. Nous avons là un beau cercle
vicieux. En thérapie stratégique, on nomme ce type de phénomène
tentatives
de solutions qui rendent le problème encore plus complexe. Ou
bien à la manière d’Erickson, on peut mettre en valeur
cette faculté déroutante qu’a l’être humain, face à
une difficulté, de mettre en place une stratégie et, si d’aventure
elle n’apporte pas satisfaction, à reproduire inexorablement :
faire «encore plus de la même chose». Si il n’y
a pas de règle, il n’y a pas formation de ce cercle vicieux. Il
n’est pas rare dans l’approche thérapeutique des troubles alimentaires
de trouver la remise en cause de la restriction cognitive au centre de
la résolution de la problématique, et que la moitié
du travail soit constituée par cette déprogrammation du sujet
qui peut dans certains cas suffire à résoudre le problème
: "Vous voulez maigrir?... Et bien mangez ce que vous voulez, dans les
quantités que vous voulez et au moment où vous le voulez!"
Le
problème est juste de se réinitialiser, de reformater le
disque dur pour le débarrasser de ces programmes dysfonctionnels
et inadaptés au bien-être.
Facteurs
socio-culturels
Les stéréotypes
sociaux participent activement à la restriction alimentaire : mode,
canons de beauté, milieux sportifs ou artistiques, conditionnements
psychologiques divers… Il est d’ailleurs intéressant de noter que
les civilisations ne présentant pas ces critères ne développent
pas les mêmes proportions de troubles alimentaires. Ces stéréotypes
peuvent nourrir le perfectionnisme déjà latent de personnes
souffrant de trouble alimentaire tout comme leur développement psychologique.
Après
les pin up, en 1960, les femmes androgynes apparaissent, phénomène
qui s’accentue en 1970 (Birkin, Twiggy) dans un contexte féministe
et revendicateur. Ce pic philosophique de la maigreur du début des
années 70 est d’ailleurs confirmé par les chiffres des TCA
qui montrent une diminution du nombre d’anorexiques (selon la définition
stricte) de 60% pendant les années 1971-1987 à 42,3% pendant
les années 1988-1996 alors que parallèlement les anorexie-boulimie
augmentent (1). Ces chiffres indiquent également une tendance de
la répartition des TCA à évoluer en fonction de l’esprit
du temps.
Dans les années
80, la femme est active. Elle est sensée contrôler sa vie
et son image.
Si l’influence
sociale et culturelle ne provoque pas en elle-même un trouble alimentaire,
elle y participe inévitablement et favorise la résolution
d’un problème psychologique dans une désorganisation alimentaire.
.
Notre
société est une société d’image. Et l’image
de la femme qui nous est proposée est mince, voire plus, représentation
associée à un mode de vie valorisant et actif. Les images
sont retouchées, les mannequins sont elles-mêmes d’ailleurs
souvent anorexiques.
Les tailles
des vêtements dans les magasins sont également en décalage
par rapport à la réalité. Phénomène
qui crée là encore frustration, sensation d’anormalité…
Le souci essentiel est que la plupart des femmes ne peuvent atteindre ces
critères. Il y a une part de génétique dans la morphologie
ou la stature.
Il est par
ailleurs étonnant de constater que culturellement, la relation particulière
entre une femme et son poids s’installe très tôt. Statistiquement,
les bébés de sexe féminin sont moins nourris que ceux
de sexe masculin. La mentalité « régime et restriction
» est très vite présente, car là où les
garçons sont peu éduqués, on insiste très précocement
sur l’attention qu’elles doivent porter à leur alimentation. Il
y a déjà les prémisses d’une désorganisation
alimentaire où satiété, besoins naturels sont déjà
négligés ou absents.
En dehors du
point de vue strict de l'alimentaire et de l'image, de manière plus
psychologique et générale, la jeune fille ou la jeune femme
est également victime d'un conditionnement, le même d'ailleurs
que celui contre lequel les féministes montent régulièrement
au créneau. Quelques éléments de ces stéréotypes
culturels, proprement judéo chrétiens :
- Les garçons
ont le droit de prendre des risques, de faire des bêtises. Les filles
doivent être dans la retenue, la raison et la précaution :
anxiété
et contrôle.
- Dans la
vie relationnelle, le garçon a souvent le droit d'exploser, d'agir
en fonction de ses besoins et émotions. La jeune fille est encouragée
à la diplomatie, à s'effacer pour entretenir le lien familial
: inhibiton et hyperempathie
A ces phénomènes
culturels viennent s'ajouter des éléments contemporains :
la femme travaille, participe activement à la vie économique
tout en gardant ses prérogatives familiales (ménage, organisation...).
Il y a un cumul dangereux qui vient augmenter la pression et l'excès
de contrôle.
Aujourd’hui,
la femme moderne doit être à la fois :
- indépendante
(subvenir à ses besoins)
- forte (lutter
contre le sexisme, professionnel et social)
- sensible
(être à l'écoute)
- séduisante
(correspondre aux canons de l'époque)
- active (manger
vite)
- libérée
(être gourmande et se faire plaisir)
- maman (cuisinière
et nourricière)
- au centre
du lien familial
- mince (produits
allégés…)
- naturelle
(manger des produits sains)
- diététique
(consommer des produits équilibrés)
- maitresse
de ses affects négatifs
- maîtresse
de son corps (activité physique et sportive)
- maîtresse
de son image (esthétique…)
Autre élément
important, la femme moderne a également l’opportunité de
modeler son corps de manière artificielle (chirurgie esthétique).
La femme moderne
est sous contrôle : contrôle de sa vie, de soi, de son image,
de son alimentation, de ses émotions, de son corps, de ses désirs,
de sa liberté... Tout est contrôle. La crise de boulimie s'inscrit
à l'inverse, comme une soupape, en tant que perte de contrôle,
moment où les multiples verrous sautent.
Voici donc
un réel et mic-mac identitaire qui favorise le développement
de désordres alimentaires au gré de toutes ces informations
contradictoires et de l’impossibilité bien entendu de s’y conformer
intégralement.
(1) Selvini
Palazzol et al. (1998, P. 23)
Traumatismes
Des études
fleurissent sur la commorbidité entre traumatismes et troubles alimentaires,
notamment sur l’influence d’abus sexuels. Les rares études susceptibles
d’être dignes d’intérêt, ne montrent pas un rapport
indiscutable de cause à effet. Mais tout choc ou traumatisme est
bien sur à prendre en compte, en raison de sa charge émotionnelle
mais aussi de son rapport avec la mise en place du trouble alimentaire.
Des études
fleurissent sur la commorbidité entre traumatismes et troubles alimentaires,
notamment sur l’influence d’abus sexuels. Les rares études susceptibles
d’être dignes d’intérêt, ne montrent pas un rapport
indiscutable de cause à effet.
Quelques éléments
(1) :
è
Deux tiers environ des traumatismes sont des abus sexuels (dont la moitié
environ de nature incestueuse). On entend par autre traumatisme : abus
physique (coups répétés ou torture), négligence
psychologique complète, l’abandon pendant l’enfance ou la perte
d’un parent proche.
è
Selon les études, 20 % des jeunes femmes souffrant d’un trouble
alimentaire témoignent d’un abus sexuel, 8% d’un autre traumatisme.
Mais ce pourcentage est également présent dans le cadre d’autres
troubles psychologique. On ne peut qu’en déduire qu’un abus sexuel
ou autre traumatisme est fortement psychogène, ce qui semble évident.
Comparé à la population générale, le taux d’abus
est plus important.
è
Le taux d’abus sexuel semble être variable dans chaque catégorie
de troubles alimentaires : anorexie (12%), anorexie-boulimie (25%), boulimiques
(37%). On peut donc en déduire une relation entre présence
d’un traumatisme et un type de pathologie alimentaire.
(1) Traumatismes
et troubles du comportement alimentaire / Vanderlinden / satas
| Rappelez-vous
enfant
Rappelez-vous
à quoi vous ressembliez quand vous étiez enfant. Rappelez-vous
la façon dont vous parliez, comment vous vous sentiez. Ainsi vous
vous souviendrez probablement de quelques-unes des expériences dans
lesquelles un ami, tout aussi enfant que vous, a pu vous entraîner.
Vous pourrez peut-être réentendre votre cœur dire non. Certains
se rappelleront même le malaise qu’ils ont ressenti à l’idée
de suivre cet ami. Pourtant, il nous est tous arrivé de le
faire malgré tout.
Rappelez-vous
votre adolescence. Là encore, sous l’influence des autres, vous
vous êtes sûrement déjà retrouvé dan des
situations que vous n’aviez pas consciemment désitées. Peut-être
avez-vous posé des gestes que vous n’auriez jamais posés
seul€, ou prononcé des paroles que vous avez rapidement regrettées.
Vous pouvez, j’en suis certain, vous souvenir d’avoir suivi vos amis, malgré
vos hésitations. Ne serait-ce qu’une seule fois, vous avez probablement
été influencé€ par vos pairs, c’est tout à
fait normal. Vous étiez jeune, vous n’aviez pas toute l’expérience
que vous possédez aujourd’hui. Comme tous les enfants, jeunes et
moins jeunes, vous aviez grand besoin des personnes qui vous entouraient.
Maintenant,
grâce à l’expérience que vous avez acquise, vous saisissez
mieux le sens des événements, vous voyez plus clair que lorsque
vous étiez enfant. C’est également tout à fait normal.
Vous êtes
plus éveillé€ qu’un enfant ; c’est pourquoi vous pouvez
d’avantage vous faire confiance, faire confiance à cette petite
voix qui parle en vous, faire confiance à ce que vous ressentez
et à ce que vous voyez avant tout. Cela vous met d’avantage à
l’abri de ce que les autres voudraient vous faire voir, vous faire ressentir
ou vous entendre dire.
Ainsi, vous
êtes en mesure de comprendre que, si un enfant a pu jadis vous persuader
de poser des gestes que vous ne referiez probablement pas aujourd’hui,
il est d’autant plus aisé pour une grande personne d’entraîner
un enfant dans des aventures que seul un adulte peut désirer.
Miroirs
magiques / D. Lamber / JCL editions
|
Stress
post-traumatique
Le stress post
traumatique désigne une entité précise qui peut être
présente et agissante dans un trouble alimentaire. Voici un présentation
du TSPT (trouble du stress post –traumatique)
è
Critères diagnostiques DSM IV.
Le TSPT découle
selon le DSM-IV (American Psychiatric Association, 1994) de l'exposition
à un événement traumatique qui provoque chez l'individu
de la peur, de la détresse ou de l'horreur. Ce trouble se
manifeste par une réexpérience persistante de l'événement
traumatique, des comportements d'évitement des stimuli associés
au traumatisme, un émoussement de la réactivité générale
et un état d'hyperactivité neurovégétative.
A) La personne
a été exposée à un événement
traumatique au cours duquel les deux critères suivants étaient
présents:
1. la personne
a été exposée, témoin ou confrontée
à un ou des événements qui ont impliqués la
mort ou menace de mort, ou de blessures graves ou une menace à son
intégrité physique ou à celle d'autrui.
2. la réaction
de la personne impliquait une peur intense, de la détresse ou de
l'horreur.
B) L'événement
traumatique est revécu de façon persistante, d'une ou plusieurs
des façons suivantes:
1. souvenirs
répétitifs et envahissants de l'événement incluant
des images, pensées, perceptions;
2. rêves
répétitifs et pénibles de l'événement;
3. impression
ou agissement soudain comme si l'événement traumatique se
reproduisait;
4. intense
détresse psychologique lors de l'exposition à des stimuli
internes ou externes ressemblant à un aspect du traumatisme ou symbolisant
celui-ci;
5. réactivité
physiologique lors de l'exposition à des stimuli internes ou externes
ressemblant à un aspect du traumatisme ou le symbolisant.
C) Évitement
persistant des stimuli associés au traumatisme et émoussement
de la réactivité générale (non présent
avant le trauma) qui s'expriment par trois ou plus des symptômes
suivants:
1. efforts
pour éviter les pensées, sentiments ou conversations associés
au traumatisme;
2. efforts
pour éviter les activités, endroits ou gens qui éveillent
des souvenirs du traumatisme;
3. incapacité
de se rappeler d'un aspect important du traumatisme;
4. réduction
nette de l'intérêt ou de la participation pour des activités
de valeur significative;
5. sentiment
de détachement ou de devenir étranger par rapport aux autres;
6. restriction
des affects (ex.: Incapacité de ressentir des sentiments amoureux);
7. sentiment
que l'avenir est 'bouché', que sa vie ne pourra plus se dérouler
normalement.
D) La personne
présente deux ou plusieurs symptômes persistants traduisant
une hyperactivité neurovégétative (ne préexistant
pas au traumatisme):
1. difficultés
à s'endormir ou sommeil interrompu;
2. irritabilité
ou accès de colère;
3. difficultés
de concentration;
4. hypervigilance;
5. réaction
de sursaut exagérée.
E) Les symptômes
B, C et D sont présents durant au moins 1 mois.
F) Le problème
entraîne une détresse cliniquement significative ou un dysfonctionnement
au niveau social, professionnel ou dans un autre domaine de fonctionnement
important.
è
Facteurs d'élaboration .
Vulnérabilité
biologique
Certains individus
ont une hypersensibilité naturelle aux stresseurs (entre autres,
hypersécrétion de noradrénaline).
Conditionnement
interne et externe
Chez certains
individus se mettent alors en place des automatismes :
- Externes
: réponse anxieuse à des stimuli externes rappelant le traumatisme
- Internes
: réponse anxieuse à des manifestations physiologiques d'émotion,
d'anxiété (trouble panique...)
Sensibilisation
- Hypervigilance
Après
un traumatisme, la personne souffrant de stress post traumatique va mettre
en place un système d'hypervigilance, orientée vers un danger
éventuel et enchaîner ainsi les "fausses alarmes" (crises
de panique, angoisse...)
Schémas
de danger inconscients
Se met donc
en place un seuil élevé d'intolérance à des
dangers potentiels, réctivé par des faits de la vie courante,
mais aussi des flash back répétés. Installé,
le TSPT se chronicise.
Attribution
des causes
- Interne :
dans de nombreux cas, les victimes s'attribuent la responsabilité
des causes de l'événement. Culpabilité, baisse de
l'estime de soi.
- Externe
: dans d'autres cas, les causes sont attribuées au monde extérieur.
Baisse de la sécurisation.
Force du
traumatisme
C'est en général
plus la force de la menace perçue que celle de la menace réelle
qui décide qui décide de l'installation du TSPT.
Valeurs
et désillusion
Les personnes
pensant le monde juste, stable et sécurisé développeront
de manière plus fréquente un TSPT. Le traumatisme représente
une rupture totale avec le monde dans lequel ils pensaient évoluer.
è
Dissociation .
Les phénomènes
de dissociation, s'ils sont présents dans un TSPT sont prépondérants
dans sa génèse et donc sa prise en charge. Par dissociation,
on entend les processus auxquels la personne fait appel pour se dissocier
du traumatisme, mais qui, s'ils sont naturels n'en remplissent pas pour
autant l'effet escompté (soulager la personne). La nature inconsciente
de ces dissociations en font un sujet de choix de l'hypnose ericksonienne.
1) Amnésie
:
des troubles de la mémoire sont souvent à constater chez
des personnes souffrant de TSPT, amnésies partielles ou totales.
L'amnésie a été à un moment donné la
seule solution de survie, pour se défendre des souvenirs resurgents
du vécu traumatique.
Il est également
à noter dans le cadre de l'amnésie que bien souvent elle
n'est pas sélective : c'est tout une période, de manière
globale qui est oubliée, souvenirs positifs y compris.
2) Mémoire,
concentration :
Des troubles
de la concentration, de la mémoire sont également à
relever dans le cadre du TSPT.
3) Détachement,
déconnexion de la réalité et autres :
Est également
à observer un retrait psychologique par rapport au monde extérieur
et aux affects désagréables qu'il peut représenter.
Si là encore, il s'agit d'une solution inconsciente de survie, il
peut en résulter un malentendu relationnel du à l'impression
de désintérêt ou de froideur qui peut être donnée
et ainsi un non-tissage de liens relationnels, une absence de communication...
Si ces phénomènes
de dissociation ont tout d'abord leur utilité, le danger résulte
dans leur chronicisation, leur automatisation. Cette tendance à
se déconnecter peut d'ailleurs s'étendre à d'autres
événements générateurs d'anxiété.
C'est d'ailleurs ainsi que l'on trouve des schémas qui se reproduisent,
ou des personnes qui par exemple subissent des viols répétés
sans réaction de défense ou de communication externe. La
dissociation correspond ici à une extinction des expériences
émotionnelles et sensorielles liées à l'état.
è
Flash-backs - cauchemars et autres - Phénomènes associatifs .
Les victimes
de TSPT rapportent souvent des cauchemars à répétition,
des souvenirs indésirables ou des images récurrentes du traumatisme.
Ces flash back constituent en fait une réponse inconsciente à
un stimulus directement ou indirectement lié au traumatisme. On
a donc ici des phénomènes plutôt associatifs : selon
un mode de conditionnement classique, le sujet se retrouve plongé
dans le traumatisme premier. Phénomène participant au développement
anxieux, le rapport entre le stimulus de la vie réelle et le flash
back peut être difficile à identifier (ex : pot d'échappement
qui pétarade et renvoie à une fusillade...). Une simple odeur,
ancrage très puissant peut par exemple suffire.
Ces flash back
peuvent être interprétés comme une tentative inconsciente
de se désensibiliser à la situation traumatique, stratégie
qui, à l'image des phénomène dissociatifs, n'a que
peu de chance d'aboutir.
On peut également
envisager qu'au moment des cauchemars, l'inconscient veuille "classer le
dossier" (ce qu'il fait normalement pendant la nuit) mais n'y parvienne
pas, étant donné la force traumatique du "dossier" en question.
Etats
dissociatifs
è
Dissociation et parties.
Une des notions
à aborder dans l’approche des troubles alimentaires concerne les
états dissociatifs. Les phénomènes dissociatifs sont
présents chez chacun de nous : quand un refrain nous vient inconscient,
lorsque l’on rêve ou lorsque l’on est absorbé par une activité
par exemple. Mais au-delà d’un certain seuil, les mécanismes
de l’individu mettent en place la dissociation pour échapper à
une réalité. Par exemple, un enfant s’absorbera dans un film
à la télé pour échapper à une scène
de ménage ou de violence de ses parents. Même si les troubles
alimentaires ne sont pas classés dans les troubles dissociatifs,
le phénomène de dissociation y joue un grand rôle,
générant ou chronicisant le trouble.
Voici un panorama
des phénomènes dissociatifs (M. Phillips / Psychothérapie
des états dissociatifs / Satas)

Ces parties
traitant du traumatisme apportent nécessairement des informations
sur la genèse et la remise en cause d’un trouble alimentaire. Leur
intérêt est également de mettre en évidence
une conséquence du vécu traumatique qui semble importante
dans l’approche du trouble : les phénomènes dissociatifs.
Comment se
mettent en place des phénomènes dissociatifs inadaptés
au bien-être ?
Ce processus
est issu d’une desynchronie : le système cognitif qui permet de
traiter l’information (de réfléchir, rationaliser, conceptualiser
ce que nous vivons…) met quelques années à structurer (on
parle par exemple de l’ »age de raison », à 7 ans parait-il).
Par contre le système des émotions fonctionne dès
la naissance. Ainsi, un jeune enfant ne va pas avoir tous les moyens d’un
adulte pour s’adapter à la réalité qu’il est en train
de vivre. Face à un traumatisme, il va se paralyser (« comme
un petit animal »). Le rythme alimentaire va être un des seuls
éléments sur lequel le jeune enfant va pouvoir influer. On
retrouve ces deux éléments dans le trouble alimentaire, moment
ou le temps s’arrête et ou le rythme alimentaire s’intensifie. Un
conditionnement s’est mis en place : certaines situations, stimuli divers
vont provoquer état dissociatif et crise boulimique, entre autres.
La dissociation
constitue donc une stratégie mentale d’évitement : «
la réalité est difficile, je me coupe de la réalité
». Une partie de la personne se déconnecte, phénomène
qui peut par exemple se mettre en place pendant une période de stress
chronique ou une situation traumatique.
On retrouve fréquemment ce modèle des parties dans les troubles
alimentaires avec des propos de type : « C’est comme si une partie
de moi… ». Nous possédons tous des parties qui forment en
inter-relation ce que nous sommes. Il y a dissociation quand des parties
se scindent, ne communiquent plus ou moins avec le reste de la personne
et la réalité qui l’entoure. La difficulté et l’échec
des thérapies des addictions ou des troubles alimentaires résident
entre autres dans le fait qu’en thérapie, on dialogue avec la partie
de la personne ouverte au changement, non avec celle qui s’y oppose ou
du moins traîne les pieds. De même, les stratégies conscientes
(dont les régimes pour les hyperphages) s’adressent à la
partie qui émerge non à la partie à l’origine du problème.
Et si un changement alimentaire sous forme de contrôle cognitif,
de restriction se met en place, c‘est au mépris de cette partie
immergée et donc au détriment de l’équilibre de la
personne. Cela ne peut donc être que difficilement stable et durable.

è
Intention positive, parties et recadrage.
Une étape
importante dans la résolution d’un trouble du type boulimie est
la mutation cognitive qui concerne le symptôme. Tout comportement
a une fonction en lui-même et est orienté vers une intention
positive. On met en place un comportement ou une compulsion à un
moment où, pour s’adapter à la réalité de ce
que l’on vit, on n’a pas de meilleure solution à disposition. La
boulimie par exemple fait généralement horreur à la
personne qui en souffre. Elle est donc souvent assez loin de considérer
un fondement positif au phénomène.
On peut considérer
l'être humain comme une boule aux multiples facettes. Ces facettes,
parties existent et évoluent en inter-relation pour construire et
développer une personnalité. Comme expliqué plus haut,
le trouble alimentaire s'accompagne de phénomènes dissociatifs.
La partie "boulimique" est dissociée des autres parties de la personnalité.
C'est pour cela qu'on entend souvent, dans le cadre des comportements alimentaires,
des réflexions du type : "C'est comme si une partie de moi...",
"je deviens quelqu'un d'autre"... La partie est dissociée, donc
incontrôlable et inaccessible. Reconnaître une intention positive
à la partie qui met en place la boulimie, c’est l’accepter, l’intégrer
c’est-à-dire la réassocier. Si il n’y a plus mise à
l’écart, dissociation, un dialogue devient possible. On peut alors
réintroduire ou construire un dialogue interne entre les différentes
parties et la construction de nouvelles solutions.
Dans de nombreux
cas, la dissociation pérennise, entretient le trouble et crée
la difficulté thérapeutique : on ne communique pas ou peu
avec la partie concernée, possédant les solutions. Rétablir
le contact avec la « partie boulimique » suffit souvent à
résoudre le trouble. « Reconstruite », en contact avec
sa totale intégrité, la personne trouve en elle les moyens
et ressources de remettre en cause le trouble, de générer
de nouvelles solutions respectant l’intention positive de départ
mais adaptées au bien-être (ce que l'on nomme recadrage).
L’hypnose ericksonienne est un outil privilégié de cette
reconstruction et de ce changement. Le conscient en recul, on a accès
à ces parties inconscientes, on peut les mobiliser et les guider
en leur offrant les outils de cette restructuration interne.

Anesthésie
et/ou engourdissement des émotions
Tout thérapeute
qui se respecte ayant travaillé sur des structures obsessionnelles
sait ne pas « tomber dans le panneau » de l’obsession. La focalisation
sur un sujet a pour vocation principale de neutraliser d’autres problèmes
qui seraient plus déstabilisants. Il ne s’agit pas ici de dire que
la personne fait « exprès », mais qu’elle a mis en place
une stratégie inconsciente de défense. La crise de boulimie
et d’un point de vue général, le trouble alimentaire constituent
souvent un anesthésiant d’affects négatifs. Plutôt
que de se laisser déborder par tristesse, anxiété,
colère, ennui, angoisse de séparation … une partie de la
personne préfère se focaliser sur l’alimentaire (on aborde
ici les phénomènes dissociatifs évoqués dans
un autre paragraphe). Le moment de la crise est d’ailleurs présenté
comme un moment de calme, d’engourdissement… Les émotions négatives
et plus particulièrement la peur qu’elles viennent à déborder
sont fréquemment un déclencheur de la crise et du trouble
alimentaire. Le top dans ce domaine est la personne souffrant de TCA qui
trouve le moyen, même dans un échange psychothérapeutique,
de glisser systématiquement vers un problème de kilos, neutralisant
ainsi ce qui pourrait la submerger (mais en même temps, interdisant
l’accès au véritable problème et à sa résolution).
Auto-agressivité
èBoulimie
et comportements auto-agressifs.
Au contact
de personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire, on relève
fréquemment la présence simultanée de comportements
auto-agressifs. Certaines études (Vanderlinden) constatent par exemple
la présence dans 50% des cas de comportements auto-agressifs chez
des personnes boulimiques.
Les anorexiques
qui privent leur corps ou les boulimiques qui le purgent abusivement peuvent
être considérées comme des personnes qui attaquent
leur corps. Cet axe, entre autres, ouvre des perspectives thérapeutiques,
d’autant plus que ces comportements sont peu observés ou identifiés
dans le cadre de la boulimie.
èLes
critères de l’auto-agression .
- La majeure
partie des personnes qui s’auto-agressent ne ressent pas ou peu de douleur.
- Les auto-agressions
sont liées à plusieurs émotions en même temps
(à part la colère pour les coups et la nervosité pour
le grattage).
- L’auto-agression
est présentée comme incontrôlable.
èLes
différentes fonctions de l’auto-agression (1) .
(1) (Traumatismes
et troubles du comportement alimentaire / Vanderlinden / Satas)
Séparation
et dépendance
Présent
à des degrés divers dans la boulimie, l’angoisse de séparation
est définie arbitrairement comme survenant avant l’age de 18 ans.
Mais ses caractéristiques essentielles peuvent se prolonger, évoluer
et se rencontrer chez l’adulte, entre autres avec la personnalité
dépendante. Dans