Définition
et chiffres
La
boulimie est un trouble complexe, multi-factoriel qui se
caractérise
concrètement par des crises compulsives ou la prise
alimentaire
prend des proportions incontrôlables.
w
70% des boulimiques sont des jeunes filles ou des femmes.
w
10% des femmes sont touchées à un moment ou un
autre par
des périodes alimentaires compulsives.
w
70% des boulimiques ont un poids normal («
invisibilité »
du trouble)
w
20 % des boulimiques souffrent d’une autre
dépendance
Les
critères diagnostiques de la boulimie (DSM IV,
1994)
Survenue récurrente
de crises de boulimie. Une crise de boulimie répond aux deux
caractéristiques
suivantes :
-
Absorption, en une période de temps limitée,
d’une quantité
de nourriture largement supérieure à ce que la
plupart des
gens absorberaient en une période de temps similaire et dans
les
mêmes circonstances.
-
Sentiment d’une perte de contrôle sur le
comportement alimentaire
pendant la crise
Comportements
compensatoires inappropriés et récurrents visant
à
prévenir la prise de poids, tels que : vomissements
provoqués,
emploi abusif de laxatifs, diurétiques, lavements ou autres
médicaments
; jeûne ; exercice physique excessif.
Les
crises de boulimie et les comportements compensatoires
inappropriés
surviennent tous deux, en moyenne, au moins 2 fois par semaine pendant
3 mois. L’estime de soi est influencée de
manière excessive
par le poids et la forme corporelle.
Le
trouble ne survient pas exclusivement pendant des épisodes
d’anorexie
mentale.
Il existe
deux types de boulimie :
w
Type avec vomissement ou prise de purgatifs:
pendant l'épisode actuel de boulimie, le sujet a eu
régulièrement
recours aux vomissements provoqués ou à l'emploi
abusif de
laxatifs, diurétiques, lavements.
w
Type sans vomissements ni prises de purgatifs:
pendant l'épisode actuel de boulimie, le sujet a
présenté
d'autres comportements compensatoires inappropriés, tels que
le
jeûne ou l'exercice physique excessif, mais n'a pas eu
régulièrement
recours aux vomissements provoqués ou à l'emploi
abusif de
laxatifs, diurétiques, lavements.
Avec
ou sans vomissements – Réflexions personnelles
Dans cet
article,
je parlerai d’hyperphagie pour la forme de boulimie sans
stratégies
d’élimination (vomissement, laxatif…)
et de boulimie pour la boulimie
accompagnée de stratégies
d’élimination. La page sur
le poids et le surpoids contient des ressources et renseignements
concernant
l’hyperphagie (50% des personnes en surpoids au moins
présentent
les critères de l’hyperphagie).
Je ne peux
tout de même m’empêcher
d’apporter une réflexion sur
cette terminologie diagnostique. La boulimie avec vomissement constitue
une évolution du phénomène boulimique.
Les personnes
boulimiques c’est-à-dire présentant des
prises compulsives
de nourriture ou bien des personnes anorexiques découvrent
à
un moment donné que vomir permet de contrôler le
poids sans
se priver des crises. Le vomissement n’est donc à
ses débuts
qu’une solution à la boulimie et à la
peur de prendre du
poids. Mais le vomissement devient assez vite un rituel et dans
certains
cas de plus en plus agréable, jusqu’à
devenir même
le plus grand plaisir, c’est-à-dire le
phénomène recherché
dont la prise de nourriture n’est plus qu’une
étape. Il apparaît
alors que ce n’est plus de la prise de nourriture
qu’on ne peut plus se
passer mais du vomissement qui devient le centre du trouble.
D’une boulimie
initiale, on glisse vers un Syndrome du vomissement (Nardone),
sorte
de « compulsion vomitive » ou la prise de
nourriture et le
poids deviennent des éléments secondaires
à la faveur
du vomissement lui-même.
Pour
résumer,
en matière de boulimie, on a donc trois sous-groupes
définis,
différents mais qui peuvent également constituer
les étapes
de l’évolution du trouble alimentaire chez une
même personne
:
1)
Hyperphagie
: prise compulsive de nourriture.
2)
Boulimie
: prise compulsive de nourriture et stratégies
compensatoires
pour ne pas prendre de poids (tendance anorexique)
3)
Syndrome
du vomissement : « mutation » de la
boulimie vers une compulsion
du vomissement.
FACTEURS
ET AXES DE TRAVAIL
Au premier
abord, la plainte de la personne souffrant de boulimie concerne
essentiellement
l'alimentaire, les vomissements, le poids... Ces sujets ont un
rôle
central, détiennent un presque monopole. La fonction du
thérapeute
est de favoriser le déplacement de l'attention et de la
réflexion
vers d'autres éléments structurels,
générant
le processus pathologique. C'est la résolution de ces
problématiques
"primairo-secondaires" qui permettra de dénouer le trouble.
"Un passant
rencontre un autre homme, dans la rue. Celui-ci est à quatre
pattes,
sous un réverbère et semble chercher quelque
chose.
- Que
faites-vous
ici, sous ce réverbère. Avez-vous un
problème?
- J'ai
perdu mes clefs, je les cherche.
Le passant
décide d'aider l'homme et se met à quatre pattes
pour chercher
avec lui. Après quelques minutes de recherches
infructueuses, commençant
à sentir poindre un certaine lassitude ainsi que des
douleurs dans
les genoux, le passant demande à l'homme :
- Arrivez-vous
à vous rappeler ce que vous avez fait et où vous
étiez
quand vous les avez perdues?
-
J'étais
là bas, répond l'homme, montrant le trottoir
opposé,
plongé dans la pénombre.
- Mais
pourquoi vous acharnez-vous à chercher ici?
- Ici,
c'est mieux, il y a de la lumière."
Le trouble
alimentaire est généralement très
sophistiqué
dans sa structure, multifactoriel. Les degrés d'intervention
sont
donc multiples.
Quelques axes
sont présentés ici et seront
développés au
fil du temps :
Adolescence
et puberté
Une
puberté précoce et/ou inattendue (donc souvent
non-anticipée
par la personne elle-même et le milieu familial) peut
constituer
un choc important chez une adolescente, à l'origine de
troubles
du comportement alimentaire. En devenant sexuée,
l'adolescente s'expose
à différentes perturbations, physiologiques et
psychologiques
et à un changement de statut, familial et social.
Nul besoin
de posséder un doctorat en psychologie pour savoir que
adolescence
et puberté constituent des étapes importantes du
devenir
de tout être humain. Dans la genèse du trouble
alimentaire,
la puberté est souvent une étape importante,
étape
de perte de repères autant corporels que psychologiques.
L’image
se brouille.
La graisse
pendant l'enfance est distribuée uniformément
dans le corps,
de manière harmonieuse. Un enfant peut être
jugé mignon
car présentant un physique « poupon ». A
l'adolescence,
la graisse vient se situer essentiellement sur le ventre, les cuisses
et
les fesses, zones sensibles aux effets des hormones (et s'organisant
entre
autres pour une future maternité). Le corps poupon se
transforme
en quelque chose de plus hétérogène.
Le corps perçu
se modifie et se fragmente.
De plus, les
adolescentes au moment de la puberté prennent du poids plus
vite
qu'elles ne grandissent, augmentation bien plus importante que pour les
garçons, désynchronisme qui peut accentuer
l'intensité
du mal-être. Cette évolution normale et naturelle
peut être
donc être perçue comme une mutation dangereuse et
déstabilisante.
A
cette insatisfaction corporelle, rendue réelle par la
puberté
et perçue comme ingrate se mêle aux
premières relations
sentimentales et donc à l’exigence de plaire :
conflit entre «
je suis moche » et «c’est nouveau et
important pour moi de
plaire ». Les changements hormonaux favorisent
également une
certaine instabilité émotionnelle dont des
phénomènes
d’impulsivité que l’on retrouve dans les
compulsions alimentaires.
Le
rôle
de l’entourage est alors assez
prépondérant. Le papa par
exemple, est le premier référent masculin. Sa
fille étant
enfant, il lui disait peut-être souvent qu’elle
était jolie.
Mais elle évolue, se rebelle voire l’intimide en
devenant sexuée.
Il ne le dit plus. Le premier référent est muet.
La jeune
fille peut en venir à se dire : « Je ne lui plait
pas. Pourquoi
?... Parce que je suis trop grosse… ».
C’est là un mécanisme
entre d’autres.
Pour
contrôler
ces phénomènes qui la dépassent,
l’adolescente va
rechecher une norme (sociale) et mettre en place des
stratégies
de contrôle. Ce cocktail de phénomènes
décrit
plus haut est souvent à l’origine
de la mise en place
de restrictions et d’un certain perfectionnisme, purisme, qui
mèneront
à court ou moyen terme au trouble alimentaire.
Perfectionnisme
et boulimie
Le
perfectionnisme
est une donnée quasi omniprésente dans le cadre
de la boulimie
(prise alimentaire compulsive avec stratégies
d’élimination).
Elle est à mettre en inter-relation avec la confiance en
soi, évoquée
par ailleurs. Ce perfectionnisme est assez limité, dans le
sens
où il naît le plus souvent de manifestations
anxieuses : peur
du jugement, de la critique, de l’évaluation. Bref
ce que l’on nomme
anxiété de performance, plutôt la peur
d’échouer
que la volonté de réussir. Cette forme de
perfectionnisme
démontre une basse estime de soi puisqu’elle
sous-entend que l’on
est critiquable, défaillant.
Le milieu
familial,
en portant de l’importance à la
réussite et à l’aspect
corporel peut participer à ce
phénomène. La perfection
est souvent une préoccupation majeure : l’image
doit être
bonne, les comportements non-normatifs ou de perte de
contrôle doivent
être absents ou cachés. Il ne s’agit pas
là encore
d’être performant mais plutôt de ne pas
montrer ce qui peut
paraître défaillant ou jugé
anormal.
Un
modèle
fréquent correspond à un couple parental ou la
maman est
effacée du point de vue de la communication ou de
l’intellect, plus
ou moins limitée à un statut nourricier et
ménager.
Le papa est présenté comme plus
brillant, cultivé.
Se noue une relation privilégiée
père-fille d’où
la maman est plus ou moins exclue. Cela peut même mener
à
une forme de concurrence mère-fille, où la jeune
fille évolue
sous la pression des exigences paternelles, une obligation
d’être
à la hauteur de ces attentes. Cette compétition
mère-fille
est d’autant plus développée si la
maman elle-même
rencontre des problèmes de poids ou des problèmes
alimentaires.
Cette image
de perfection est frappante en consultation. Bon nombre de
thérapeutes
surnomment d’ailleurs les personnes souffrant de boulimie :
les «
saintes ». Même pendant un entretien
thérapeutique,
elles sont dans le contrôle permanent de leur communication,
de leur
apparence, de l’image familiale, de leur vie affective et
sexuelle. La
seule exception ? Les crises de boulimie, perte de contrôle
naturelle
et inévitable vu le contexte, mais qui « fait
tâche
» dans ce tableau idyllique mais artificiel.
Ce
perfectionnisme,
ce niveau d’exigence entraînent une tension
intérieure, un
malaise et un mal-être qui seront calmés,
ponctuellement par
la prise alimentaire. Mais pour garder une image
irréprochable,
les crises vont être secrètes et les
stratégies d’élimination
vont venir préserver le contrôle de
l’apparence physique.
Le perfectionnisme est donc au centre de la problématique
personnelle
et familiale du sujet et donc au centre du trouble alimentaire et de
son
développement.
Contrôle
et perte de contrôle
Dans tout
domaine
psychologique et à fortiori dans celui des troubles,
alimentaires
ou autres, il y a une règle
élémentaire : «
plus il aura contrôle, plus il aura perte de
contrôle ».
Le contrôle est illusoire (on appelle d’ailleurs
cela « illusion
de contrôle »). Installée, dans un
système perfectionniste
et exigeant, la personne souffrant de boulimie met en place des
stratégies
de contrôle de plus en plus sophistiquées. Il
s’agit de contrôler
l’incontrôlable, démarche infernale,
condamnée à
l’avance qui ne peut mener qu’à une
surenchère. Le contrôle
s’installe à différents niveaux
transformant un trouble (la
boulimie) en un véritable mode de vie. Quelques exemples
:
- Pour un
grand nombre, les crises sont planifiées,
ritualisées : secret,
horaires, contraintes, planification d’achat.
- Contrôle
du poids, par la mise en place de stratégies
d’élimination
: vomissement, laxatif (20%)
- Contrôle
des quantités, toujours importantes, pour garantir le
vomissement.
- Tentatives
de surveillance et de contrôle externes par
l’entourage.
- Contrôle
du poids par des périodes anorexiques (dans 50% des cas), de
jeûne
ou de sport à outrance.
Les
stratégies
de contrôle, réponses mises en place pour
contrôler
le trouble n’ont d’effet que de
l’accentuer et de le chroniciser en créant
un cercle vicieux sous la forme de l’alternance
contrôle/perte de
contrôle.
Restriction
cognitive
Notre
société
est rationaliste, scientifique et trouve assez fréquemment
sa satisfaction
dans le contrôle de la réalité qui
l’entoure. Il en
est de même dans le domaine alimentaire. Face à
des problèmes
de poids (ou un risque ou une illusion de problème de
poids), la
stratégie n°1 consiste en la mise en place
d’un contrôle
de l’alimentation, à base de règles, de
stéréotypes…
Ainsi, les personnes que je côtoie dans des consultations
portant
sur les troubles alimentaires sont de véritables
encyclopédies
de diététique ambulantes, affirmant à
tout vent et
avec véhémence leurs règles
alimentaires (discutables
ou non) et présentant des croyances inébranlables
dans ce
domaine. Il est intéressant de noter que paradoxalement,
plus il
y a de certitudes et de règles, plus il y a trouble
alimentaire.
Cet aspect nourrit un principe assez général dans
le domaine
des troubles psychologiques (et donc également alimentaires)
: plus
il y a de contrôle, plus il y aura perte de contrôle.
Cet
aspect trouve une explication assez simple et nette : le
naturel ne
se contrôle pas. Et l’alimentation fait
partie du naturel.
Il y a
d'ailleurs
un conte ancien qui relate comment la fourmi demanda au mille-pattes :
« Pouvez-vous me dire comment vous arrivez si bien
à
marcher avec mille pattes ? Pouvez-vous m’expliquer comment
vous pouvez
les contrôler toutes en même temps ? » Le
mille-pattes
se mit à y réfléchir et ne put alors
plus marcher.
Comment
obtient-on
un résultat opposé au résultat
désiré?
Les problèmes de poids (pour l’hyperphagie), ou la
peur de prendre
du poids (boulimie et anorexie), conduisent à la mise en
place de
croyances sur l’alimentation, croyances qui
génèreront des
comportement inadaptés. Sous contrôle, les choix
alimentaires
se fondent sur la régularité et la
quantité au détriment
de la nature de l’alimentation qui elle se fonde sur
l’adaptabilité
aux besoins du moment donc à la variabilité, au
goût,
à l’appétit et la notion de
rassasiement ou de satiété.
Sous
contrôle,
l’alimentation ne se construit plus sur des informations
internes mais
sur des critères externes.
Alors, quel
est le problème si on suit un régime et que
l’on maigrit
?
Le problème
essentiel est que, selon l’expression consacrée :
« chassez
le naturel, il revient au galop ». Le contrôle ou
le régime
s’inscrivent dans une première étape,
phase volontariste
ou le sujet fait abstraction de ses signaux internes du type
goût,
faim et satiété pour se conformer aux
règles prescrites
: il faut manger équilibré, il faut manger trois
fois par
jour, il faut manger ceci à midi et ceci le soir,
… Pour supporter
cet effort surhumain, le sujet met en place des rituels,
évitements,
interdictions absolues… Le système se rigidifie
au détriment
des rythmes naturels, des goûts, …
L’extrémité de cet
hyper-contrôle se révèle à
travers l’anorexie,
sorte de régime perpétuel.
A part les
personnes se tournant vers l’anorexie,
l’être humain n’apprécie
guère les « il faut » ou « je
dois », opérateurs
modaux détestables. Un tabou est fait pour être
transgressé.
Le premier
tabou transgressé est celui de la quantité : la
personne
craque en mangeant en grande quantité des aliments
autorisés.
Mais la satisfaction n’est guère au rendez-vous
(d’où les
importantes quantités absorbées).
Le
deuxième
tabou transgressé est celui du goût (et de la
charge calorique
qui en général l’accompagne) : le sujet
craque pour un aliment
interdit, par goût. Et comme elle compte bien continuer le
régime
après cet accident, elle en consomme une grosse
quantité.
Chaque « craquage » comme disent les adolescents,
est considéré
et vécu comme le dernier c’est-à-dire
avec une intensité
comparable à l’enterrement d’une vie de
garçon.
Ces aspects
sont renforcés par le fait que des personnes ayant
eu à
subir les affres du contrôle ou du régime pendant
un certain
temps, n’ont plus ou peu de sensation de
satiété. Ayant anesthésié
ses sensations, le sujet ne sent donc plus (ou peu) si il a faim ou
non,
ce qui pose rapidement problème dans le cadre des troubles
alimentaires.
Cet aspect débouchera sur l’hyperphagie et la
prise de poids ou
la mise en place de stratégies
d’élimination dans la boulimie
ou l’anorexie-boulimie.
D’un
point
de vue psychologique, la présence des règles
entraîne
deux processus qui vont venir amplifier les
phénomènes :
frustration et culpabilité. Frustration face aux interdits,
aux
arbitraires du régime (draconien ou non) et puis
culpabilité
après la perte de contrôle. Il est
d’ailleurs à noter
que dans les troubles alimentaires, les émotions que sont
frustration
et culpabilité sont anesthésiées et
calmées
d’une manière précise et
particulière : par la
prise importante de nourriture. Nous avons là un
beau cercle
vicieux. En thérapie stratégique, on nomme ce
type de phénomène tentatives
de solutions qui rendent le problème encore plus complexe.
Ou
bien à la manière d’Erickson,
on peut mettre en valeur
cette faculté déroutante qu’a
l’être humain, face à
une difficulté, de mettre en place une stratégie
et, si d’aventure
elle n’apporte pas satisfaction, à reproduire
inexorablement :
faire «encore plus de la même
chose». Si il n’y
a pas de règle, il n’y a pas formation de ce
cercle vicieux. Il
n’est pas rare dans l’approche
thérapeutique des troubles alimentaires
de trouver la remise en cause de la restriction cognitive au centre de
la résolution de la problématique, et que la
moitié
du travail soit constituée par cette
déprogrammation du sujet
qui peut dans certains cas suffire à résoudre le
problème
: "Vous voulez maigrir?... Et bien mangez ce que vous voulez,
dans les
quantités que vous voulez et au moment où vous le
voulez!" Le
problème est juste de se réinitialiser, de
reformater le
disque dur pour le débarrasser de ces programmes
dysfonctionnels
et inadaptés au bien-être.
Facteurs
socio-culturels
Les
stéréotypes
sociaux participent activement à la restriction alimentaire
: mode,
canons de beauté, milieux sportifs ou artistiques,
conditionnements
psychologiques divers… Il est d’ailleurs
intéressant de noter que
les civilisations ne présentant pas ces critères
ne développent
pas les mêmes proportions de troubles alimentaires. Ces
stéréotypes
peuvent nourrir le perfectionnisme déjà latent de
personnes
souffrant de trouble alimentaire tout comme leur
développement psychologique.
Après
les pin up, en 1960, les femmes androgynes apparaissent,
phénomène
qui s’accentue en 1970 (Birkin, Twiggy) dans un contexte
féministe
et revendicateur. Ce pic philosophique de la maigreur du
début des
années 70 est d’ailleurs confirmé par
les chiffres des TCA
qui montrent une diminution du nombre d’anorexiques (selon la
définition
stricte) de 60% pendant les années 1971-1987 à
42,3% pendant
les années 1988-1996 alors que parallèlement les
anorexie-boulimie
augmentent (1). Ces chiffres indiquent également une
tendance de
la répartition des TCA à évoluer en
fonction de l’esprit
du temps.
Dans les
années
80, la femme est active. Elle est sensée contrôler
sa vie
et son image.
Si
l’influence
sociale et culturelle ne provoque pas en elle-même un trouble
alimentaire,
elle y participe inévitablement et favorise la
résolution
d’un problème psychologique dans une
désorganisation alimentaire.
.
Notre
société est une société
d’image. Et l’image
de la femme qui nous est proposée est mince, voire plus,
représentation
associée à un mode de vie valorisant et actif.
Les images
sont retouchées, les mannequins sont elles-mêmes
d’ailleurs
souvent anorexiques.
Les tailles
des vêtements dans les magasins sont également en
décalage
par rapport à la réalité.
Phénomène
qui crée là encore frustration, sensation
d’anormalité…
Le souci essentiel est que la plupart des femmes ne peuvent atteindre
ces
critères. Il y a une part de génétique
dans la morphologie
ou la stature.
Il est par
ailleurs étonnant de constater que culturellement, la
relation particulière
entre une femme et son poids s’installe très
tôt. Statistiquement,
les bébés de sexe féminin sont moins
nourris que ceux
de sexe masculin. La mentalité « régime
et restriction
» est très vite présente, car
là où les
garçons sont peu éduqués, on insiste
très précocement
sur l’attention qu’elles doivent porter
à leur alimentation. Il
y a déjà les prémisses d’une
désorganisation
alimentaire où satiété, besoins
naturels sont déjà
négligés ou absents.
En dehors du
point de vue strict de l'alimentaire et de l'image, de
manière plus
psychologique et générale, la jeune fille ou la
jeune femme
est également victime d'un conditionnement, le
même d'ailleurs
que celui contre lequel les féministes montent
régulièrement
au créneau. Quelques éléments de ces
stéréotypes
culturels, proprement judéo chrétiens :
- Les garçons
ont le droit de prendre des risques, de faire des bêtises.
Les filles
doivent être dans la retenue, la raison et la
précaution : anxiété
et contrôle.
- Dans la
vie relationnelle, le garçon a souvent le droit d'exploser,
d'agir
en fonction de ses besoins et émotions. La jeune fille est
encouragée
à la diplomatie, à s'effacer pour entretenir le
lien familial
: inhibiton et hyperempathie
A ces
phénomènes
culturels viennent s'ajouter des éléments
contemporains :
la femme travaille, participe activement à la vie
économique
tout en gardant ses prérogatives familiales
(ménage, organisation...).
Il y a un cumul dangereux qui vient augmenter la pression et
l'excès
de contrôle.
Aujourd’hui,
la femme moderne doit être à la fois :
- indépendante
(subvenir à ses besoins)
- forte (lutter
contre le sexisme, professionnel et social)
- sensible
(être à l'écoute)
- séduisante
(correspondre aux canons de l'époque)
- active (manger
vite)
- libérée
(être gourmande et se faire plaisir)
- maman (cuisinière
et nourricière)
- au centre
du lien familial
- mince (produits
allégés…)
- naturelle
(manger des produits sains)
- diététique
(consommer des produits équilibrés)
- maitresse
de ses affects négatifs
- maîtresse
de son corps (activité physique et sportive)
- maîtresse
de son image (esthétique…)
Autre
élément
important, la femme moderne a également
l’opportunité de
modeler son corps de manière artificielle (chirurgie
esthétique).
La femme
moderne
est sous contrôle : contrôle de sa vie, de soi, de
son image,
de son alimentation, de ses émotions, de son corps, de ses
désirs,
de sa liberté... Tout est contrôle. La crise de
boulimie s'inscrit
à l'inverse, comme une soupape, en tant que perte de
contrôle,
moment où les multiples verrous sautent.
Voici donc
un réel et mic-mac identitaire qui favorise le
développement
de désordres alimentaires au gré de toutes ces
informations
contradictoires et de l’impossibilité bien entendu
de s’y conformer
intégralement.
(1) Selvini
Palazzol et al. (1998, P. 23)
Traumatismes
Des
études
fleurissent sur la commorbidité entre traumatismes et
troubles alimentaires,
notamment sur l’influence d’abus sexuels. Les rares
études susceptibles
d’être dignes
d’intérêt, ne montrent pas un rapport
indiscutable de cause à effet. Mais tout choc ou traumatisme
est
bien sur à prendre en compte, en raison de sa charge
émotionnelle
mais aussi de son rapport avec la mise en place du trouble alimentaire.
Des
études
fleurissent sur la commorbidité entre traumatismes et
troubles alimentaires,
notamment sur l’influence d’abus sexuels. Les rares
études susceptibles
d’être dignes
d’intérêt, ne montrent pas un rapport
indiscutable de cause à effet.
Quelques
éléments
(1) :
è
Deux tiers environ des traumatismes sont des abus sexuels (dont la
moitié
environ de nature incestueuse). On entend par autre traumatisme : abus
physique (coups répétés ou torture),
négligence
psychologique complète, l’abandon pendant
l’enfance ou la perte
d’un parent proche.
è
Selon les études, 20 % des jeunes femmes souffrant
d’un trouble
alimentaire témoignent d’un abus sexuel, 8%
d’un autre traumatisme.
Mais ce pourcentage est également présent dans le
cadre d’autres
troubles psychologique. On ne peut qu’en déduire
qu’un abus sexuel
ou autre traumatisme est fortement psychogène, ce qui semble
évident.
Comparé à la population
générale, le taux d’abus
est plus important.
è
Le taux d’abus sexuel semble être variable dans
chaque catégorie
de troubles alimentaires : anorexie (12%), anorexie-boulimie (25%),
boulimiques
(37%). On peut donc en déduire une relation entre
présence
d’un traumatisme et un type de pathologie alimentaire.
(1)
Traumatismes
et troubles du comportement alimentaire / Vanderlinden / satas
| Rappelez-vous
enfant
Rappelez-vous
à quoi vous ressembliez quand vous étiez enfant.
Rappelez-vous
la façon dont vous parliez, comment vous vous sentiez. Ainsi
vous
vous souviendrez probablement de quelques-unes des
expériences dans
lesquelles un ami, tout aussi enfant que vous, a pu vous
entraîner.
Vous pourrez peut-être réentendre votre
cœur dire non. Certains
se rappelleront même le malaise qu’ils ont ressenti
à l’idée
de suivre cet ami. Pourtant, il nous est tous
arrivé de le
faire malgré tout.
Rappelez-vous
votre adolescence. Là encore, sous l’influence des
autres, vous
vous êtes sûrement déjà
retrouvé dan des
situations que vous n’aviez pas consciemment
désitées. Peut-être
avez-vous posé des gestes que vous n’auriez jamais
posés
seul€, ou prononcé des paroles que vous avez
rapidement regrettées.
Vous pouvez, j’en suis certain, vous souvenir
d’avoir suivi vos amis, malgré
vos hésitations. Ne serait-ce qu’une seule fois,
vous avez probablement
été influencé€ par vos pairs,
c’est tout à
fait normal. Vous étiez jeune, vous n’aviez pas
toute l’expérience
que vous possédez aujourd’hui. Comme tous les
enfants, jeunes et
moins jeunes, vous aviez grand besoin des personnes qui vous
entouraient.
Maintenant,
grâce à l’expérience que vous
avez acquise, vous saisissez
mieux le sens des événements, vous voyez plus
clair que lorsque
vous étiez enfant. C’est également tout
à fait normal.
Vous
êtes
plus éveillé€ qu’un enfant ;
c’est pourquoi vous pouvez
d’avantage vous faire confiance, faire confiance à
cette petite
voix qui parle en vous, faire confiance à ce que vous
ressentez
et à ce que vous voyez avant tout. Cela vous met
d’avantage à
l’abri de ce que les autres voudraient vous faire voir, vous
faire ressentir
ou vous entendre dire.
Ainsi, vous
êtes en mesure de comprendre que, si un enfant a pu jadis
vous persuader
de poser des gestes que vous ne referiez probablement pas
aujourd’hui,
il est d’autant plus aisé pour une grande personne
d’entraîner
un enfant dans des aventures que seul un adulte peut
désirer.
Miroirs
magiques / D. Lamber / JCL editions
|
Stress
post-traumatique
Le stress post
traumatique désigne une entité précise
qui peut être
présente et agissante dans un trouble alimentaire. Voici un
présentation
du TSPT (trouble du stress post –traumatique)
è
Critères diagnostiques DSM IV.
Le TSPT
découle
selon le DSM-IV (American Psychiatric Association, 1994) de
l'exposition
à un événement traumatique qui
provoque chez l'individu
de la peur, de la détresse ou de l'horreur. Ce
trouble se
manifeste par une réexpérience persistante de
l'événement
traumatique, des comportements d'évitement des stimuli
associés
au traumatisme, un émoussement de la
réactivité générale
et un état d'hyperactivité
neurovégétative.
A) La personne
a été exposée à un
événement
traumatique au cours duquel les deux critères suivants
étaient
présents:
1. la personne
a été exposée, témoin ou
confrontée
à un ou des événements qui ont
impliqués la
mort ou menace de mort, ou de blessures graves ou une menace
à son
intégrité physique ou à celle
d'autrui.
2. la réaction
de la personne impliquait une peur intense, de la détresse
ou de
l'horreur.
B)
L'événement
traumatique est revécu de façon persistante,
d'une ou plusieurs
des façons suivantes:
1. souvenirs
répétitifs et envahissants de
l'événement incluant
des images, pensées, perceptions;
2. rêves
répétitifs et pénibles de
l'événement;
3. impression
ou agissement soudain comme si l'événement
traumatique se
reproduisait;
4. intense
détresse psychologique lors de l'exposition à des
stimuli
internes ou externes ressemblant à un aspect du traumatisme
ou symbolisant
celui-ci;
5. réactivité
physiologique lors de l'exposition à des stimuli internes ou
externes
ressemblant à un aspect du traumatisme ou le
symbolisant.
C)
Évitement
persistant des stimuli associés au traumatisme et
émoussement
de la réactivité générale
(non présent
avant le trauma) qui s'expriment par trois ou plus des
symptômes
suivants:
1. efforts
pour éviter les pensées, sentiments ou
conversations associés
au traumatisme;
2. efforts
pour éviter les activités, endroits ou gens qui
éveillent
des souvenirs du traumatisme;
3. incapacité
de se rappeler d'un aspect important du traumatisme;
4. réduction
nette de l'intérêt ou de la participation pour des
activités
de valeur significative;
5. sentiment
de détachement ou de devenir étranger par rapport
aux autres;
6. restriction
des affects (ex.: Incapacité de ressentir des sentiments
amoureux);
7. sentiment
que l'avenir est 'bouché', que sa vie ne pourra plus se
dérouler
normalement.
D) La personne
présente deux ou plusieurs symptômes persistants
traduisant
une hyperactivité neurovégétative (ne
préexistant
pas au traumatisme):
1. difficultés
à s'endormir ou sommeil interrompu;
2. irritabilité
ou accès de colère;
3. difficultés
de concentration;
4. hypervigilance;
5. réaction
de sursaut exagérée.
E) Les
symptômes
B, C et D sont présents durant au moins 1 mois.
F) Le
problème
entraîne une détresse cliniquement significative
ou un dysfonctionnement
au niveau social, professionnel ou dans un autre domaine de
fonctionnement
important.
è
Facteurs d'élaboration .
Vulnérabilité
biologique
Certains
individus
ont une hypersensibilité naturelle aux stresseurs (entre
autres,
hypersécrétion de
noradrénaline).
Conditionnement
interne et externe
Chez certains
individus se mettent alors en place des automatismes :
- Externes
: réponse anxieuse à des stimuli externes
rappelant le traumatisme
- Internes
: réponse anxieuse à des manifestations
physiologiques d'émotion,
d'anxiété (trouble panique...)
Sensibilisation
- Hypervigilance
Après
un traumatisme, la personne souffrant de stress post traumatique va
mettre
en place un système d'hypervigilance, orientée
vers un danger
éventuel et enchaîner ainsi les "fausses alarmes"
(crises
de panique, angoisse...)
Schémas
de danger inconscients
Se met donc
en place un seuil élevé d'intolérance
à des
dangers potentiels, réctivé par des faits de la
vie courante,
mais aussi des flash back répétés.
Installé,
le TSPT se chronicise.
Attribution
des causes
- Interne :
dans de nombreux cas, les victimes s'attribuent la
responsabilité
des causes de l'événement.
Culpabilité, baisse de
l'estime de soi.
- Externe
: dans d'autres cas, les causes sont attribuées au monde
extérieur.
Baisse de la sécurisation.
Force du
traumatisme
C'est en
général
plus la force de la menace perçue que celle de la menace
réelle
qui décide qui décide de l'installation du
TSPT.
Valeurs
et désillusion
Les personnes
pensant le monde juste, stable et sécurisé
développeront
de manière plus fréquente un TSPT. Le traumatisme
représente
une rupture totale avec le monde dans lequel ils pensaient
évoluer.
è
Dissociation .
Les
phénomènes
de dissociation, s'ils sont présents dans un TSPT sont
prépondérants
dans sa génèse et donc sa prise en charge. Par
dissociation,
on entend les processus auxquels la personne fait appel pour se
dissocier
du traumatisme, mais qui, s'ils sont naturels n'en remplissent pas pour
autant l'effet escompté (soulager la personne). La nature
inconsciente
de ces dissociations en font un sujet de choix de l'hypnose
ericksonienne.
1)
Amnésie :
des troubles de la mémoire sont souvent à
constater chez
des personnes souffrant de TSPT, amnésies partielles ou
totales.
L'amnésie a été à un moment
donné la
seule solution de survie, pour se défendre des souvenirs
resurgents
du vécu traumatique.
Il est
également
à noter dans le cadre de l'amnésie que bien
souvent elle
n'est pas sélective : c'est tout une période, de
manière
globale qui est oubliée, souvenirs positifs y
compris.
2)
Mémoire,
concentration :
Des troubles
de la concentration, de la mémoire sont également
à
relever dans le cadre du TSPT.
3)
Détachement,
déconnexion de la réalité et autres
:
Est
également
à observer un retrait psychologique par rapport au monde
extérieur
et aux affects désagréables qu'il peut
représenter.
Si là encore, il s'agit d'une solution inconsciente de
survie, il
peut en résulter un malentendu relationnel du à
l'impression
de désintérêt ou de froideur qui peut
être donnée
et ainsi un non-tissage de liens relationnels, une absence de
communication...
Si ces
phénomènes
de dissociation ont tout d'abord leur utilité, le danger
résulte
dans leur chronicisation, leur automatisation. Cette tendance
à
se déconnecter peut d'ailleurs s'étendre
à d'autres
événements générateurs
d'anxiété.
C'est d'ailleurs ainsi que l'on trouve des schémas qui se
reproduisent,
ou des personnes qui par exemple subissent des viols
répétés
sans réaction de défense ou de communication
externe. La
dissociation correspond ici à une extinction des
expériences
émotionnelles et sensorielles liées à
l'état.
è
Flash-backs - cauchemars et autres - Phénomènes
associatifs .
Les victimes
de TSPT rapportent souvent des cauchemars à
répétition,
des souvenirs indésirables ou des images
récurrentes du traumatisme.
Ces flash back constituent en fait une réponse inconsciente
à
un stimulus directement ou indirectement lié au traumatisme.
On
a donc ici des phénomènes plutôt
associatifs : selon
un mode de conditionnement classique, le sujet se retrouve
plongé
dans le traumatisme premier. Phénomène
participant au développement
anxieux, le rapport entre le stimulus de la vie réelle et le
flash
back peut être difficile à identifier (ex : pot
d'échappement
qui pétarade et renvoie à une fusillade...). Une
simple odeur,
ancrage très puissant peut par exemple suffire.
Ces flash back
peuvent être interprétés comme une
tentative inconsciente
de se désensibiliser à la situation traumatique,
stratégie
qui, à l'image des phénomène
dissociatifs, n'a que
peu de chance d'aboutir.
On peut
également
envisager qu'au moment des cauchemars, l'inconscient veuille "classer
le
dossier" (ce qu'il fait normalement pendant la nuit) mais n'y parvienne
pas, étant donné la force traumatique du
"dossier" en question.
Etats
dissociatifs
è
Dissociation et parties.
Une des notions
à aborder dans l’approche des troubles
alimentaires concerne les
états dissociatifs. Les phénomènes
dissociatifs sont
présents chez chacun de nous : quand un refrain nous vient
inconscient,
lorsque l’on rêve ou lorsque l’on est
absorbé par une activité
par exemple. Mais au-delà d’un certain seuil, les
mécanismes
de l’individu mettent en place la dissociation pour
échapper à
une réalité. Par exemple, un enfant
s’absorbera dans un film
à la télé pour échapper
à une scène
de ménage ou de violence de ses parents. Même si
les troubles
alimentaires ne sont pas classés dans les troubles
dissociatifs,
le phénomène de dissociation y joue un grand
rôle,
générant ou chronicisant le trouble.
Voici un
panorama
des phénomènes dissociatifs (M. Phillips /
Psychothérapie
des états dissociatifs / Satas)

Ces parties
traitant du traumatisme apportent nécessairement des
informations
sur la genèse et la remise en cause d’un trouble
alimentaire. Leur
intérêt est également de mettre en
évidence
une conséquence du vécu traumatique qui semble
importante
dans l’approche du trouble : les
phénomènes dissociatifs.
Comment se
mettent en place des phénomènes dissociatifs
inadaptés
au bien-être ?
Ce processus
est issu d’une desynchronie : le système cognitif
qui permet de
traiter l’information (de réfléchir,
rationaliser, conceptualiser
ce que nous vivons…) met quelques années
à structurer (on
parle par exemple de l’ »age de raison »,
à 7 ans parait-il).
Par contre le système des émotions fonctionne
dès
la naissance. Ainsi, un jeune enfant ne va pas avoir tous les moyens
d’un
adulte pour s’adapter à la
réalité qu’il est en train
de vivre. Face à un traumatisme, il va se paralyser
(« comme
un petit animal »). Le rythme alimentaire va être
un des seuls
éléments sur lequel le jeune enfant va pouvoir
influer. On
retrouve ces deux éléments dans le trouble
alimentaire, moment
ou le temps s’arrête et ou le rythme alimentaire
s’intensifie. Un
conditionnement s’est mis en place : certaines situations,
stimuli divers
vont provoquer état dissociatif et crise boulimique, entre
autres.
La dissociation
constitue donc une stratégie mentale
d’évitement : «
la réalité est difficile, je me coupe de la
réalité
». Une partie de la personne se déconnecte,
phénomène
qui peut par exemple se mettre en place pendant une période
de stress
chronique ou une situation
traumatique.
On retrouve fréquemment ce modèle des parties
dans les troubles
alimentaires avec des propos de type : « C’est
comme si une partie
de moi… ». Nous possédons tous des
parties qui forment en
inter-relation ce que nous sommes. Il y a dissociation quand des
parties
se scindent, ne communiquent plus ou moins avec le reste de la personne
et la réalité qui l’entoure. La
difficulté et l’échec
des thérapies des addictions ou des troubles alimentaires
résident
entre autres dans le fait qu’en thérapie, on
dialogue avec la partie
de la personne ouverte au changement, non avec celle qui s’y
oppose ou
du moins traîne les pieds. De même, les
stratégies conscientes
(dont les régimes pour les hyperphages)
s’adressent à la
partie qui émerge non à la partie à
l’origine du problème.
Et si un changement alimentaire sous forme de contrôle
cognitif,
de restriction se met en place, c‘est au mépris de
cette partie
immergée et donc au détriment de
l’équilibre de la
personne. Cela ne peut donc être que difficilement stable et
durable.

è
Intention positive, parties et recadrage.
Une
étape
importante dans la résolution d’un trouble du type
boulimie est
la mutation cognitive qui concerne le symptôme. Tout
comportement
a une fonction en lui-même et est orienté vers une
intention
positive. On met en place un comportement ou une compulsion
à un
moment où, pour s’adapter à la
réalité de ce
que l’on vit, on n’a pas de meilleure solution
à disposition. La
boulimie par exemple fait généralement horreur
à la
personne qui en souffre. Elle est donc souvent assez loin de
considérer
un fondement positif au phénomène.
On peut
considérer
l'être humain comme une boule aux multiples facettes. Ces
facettes,
parties existent et évoluent en inter-relation pour
construire et
développer une personnalité. Comme
expliqué plus haut,
le trouble alimentaire s'accompagne de phénomènes
dissociatifs.
La partie "boulimique" est dissociée des autres parties de
la personnalité.
C'est pour cela qu'on entend souvent, dans le cadre des comportements
alimentaires,
des réflexions du type : "C'est comme si une partie de
moi...",
"je deviens quelqu'un d'autre"... La partie est dissociée,
donc
incontrôlable et inaccessible. Reconnaître une
intention positive
à la partie qui met en place la boulimie, c’est
l’accepter, l’intégrer
c’est-à-dire la réassocier. Si il
n’y a plus mise à
l’écart, dissociation, un dialogue devient
possible. On peut alors
réintroduire ou construire un dialogue interne entre les
différentes
parties et la construction de nouvelles solutions.
Dans de
nombreux
cas, la dissociation pérennise, entretient le trouble et
crée
la difficulté thérapeutique : on ne communique
pas ou peu
avec la partie concernée, possédant les
solutions. Rétablir
le contact avec la « partie boulimique » suffit
souvent à
résoudre le trouble. « Reconstruite »,
en contact avec
sa totale intégrité, la personne trouve en elle
les moyens
et ressources de remettre en cause le trouble, de
générer
de nouvelles solutions respectant l’intention positive de
départ
mais adaptées au bien-être (ce que l'on nomme
recadrage).
L’hypnose ericksonienne est un outil
privilégié de cette
reconstruction et de ce changement. Le conscient en recul, on a
accès
à ces parties inconscientes, on peut les mobiliser et les
guider
en leur offrant les outils de cette restructuration interne.

Anesthésie
et/ou engourdissement des émotions
Tout
thérapeute
qui se respecte ayant travaillé sur des structures
obsessionnelles
sait ne pas « tomber dans le panneau » de
l’obsession. La focalisation
sur un sujet a pour vocation principale de neutraliser
d’autres problèmes
qui seraient plus déstabilisants. Il ne s’agit pas
ici de dire que
la personne fait « exprès », mais
qu’elle a mis en place
une stratégie inconsciente de défense. La crise
de boulimie
et d’un point de vue général, le
trouble alimentaire constituent
souvent un anesthésiant d’affects
négatifs. Plutôt
que de se laisser déborder par tristesse,
anxiété,
colère, ennui, angoisse de séparation
… une partie de la
personne préfère se focaliser sur
l’alimentaire (on aborde
ici les phénomènes dissociatifs
évoqués dans
un autre paragraphe). Le moment de la crise est d’ailleurs
présenté
comme un moment de calme, d’engourdissement… Les
émotions négatives
et plus particulièrement la peur qu’elles viennent
à déborder
sont fréquemment un déclencheur de la crise et du
trouble
alimentaire. Le top dans ce domaine est la personne souffrant de TCA
qui
trouve le moyen, même dans un échange
psychothérapeutique,
de glisser systématiquement vers un problème de
kilos, neutralisant
ainsi ce qui pourrait la submerger (mais en même temps,
interdisant
l’accès au véritable
problème et à sa résolution).
Auto-agressivité
èBoulimie
et comportements auto-agressifs.
Au contact
de personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire, on
relève
fréquemment la présence simultanée de
comportements
auto-agressifs. Certaines études (Vanderlinden) constatent
par exemple
la présence dans 50% des cas de comportements auto-agressifs
chez
des personnes boulimiques.
Les anorexiques
qui privent leur corps ou les boulimiques qui le purgent abusivement
peuvent
être considérées comme des personnes
qui attaquent
leur corps. Cet axe, entre autres, ouvre des perspectives
thérapeutiques,
d’autant plus que ces comportements sont peu
observés ou identifiés
dans le cadre de la boulimie.
èLes
critères de l’auto-agression .
- La majeure
partie des personnes qui s’auto-agressent ne ressent pas ou
peu de douleur.
- Les auto-agressions
sont liées à plusieurs émotions en
même temps
(à part la colère pour les coups et la
nervosité pour
le grattage).
- L’auto-agression
est présentée comme incontrôlable.
èLes
différentes fonctions de l’auto-agression (1) .
(1) (Traumatismes
et troubles du comportement alimentaire / Vanderlinden /
Satas)
Séparation
et dépendance
Présent
à des degrés divers dans la boulimie, l’angoisse
de séparation
est définie arbitrairement comme survenant avant
l’age de 18 ans.
Mais ses caractéristiques essentielles peuvent se prolonger,
évoluer
et se rencontrer chez l’adulte, entre autres avec la personnalité
dépendante. Dans certains cas, ces deux
entités participent
à la construction d'un trouble alimentaire.
èL’angoisse
de séparation : outil nécessaire du
développement
de l’enfant .
Avant
d’aborder le trouble Angoisse de
séparation, il convient
de décrire ce que l’on nomme Angoisse de
séparation développementale
: l’angoisse de séparation est un
repère fondamental et nécessaire
dans le développement d’un enfant. Il est le
révélateur
de l’attachement :
-
Deux premiers mois : le bébé recherche les
stimulations sensorielles,
qui l’apaisent.
-
Trois à six mois : peur de la solitude. Le nourrisson est
apaisé
par une présence, quelle qu’elle soit.
-
A six, sept mois : l’attachement se personnalise, devient
sélectif.
Il y a les familiers qui apaisent et les étrangers qui
inquiètent
ou font peur.
L’angoisse
de séparation développementale est donc une
étape
importante, dans le sens où elle permet et
révèle
de nouvelles compétences :
-
Discrimination, capacité de comparaison
-
Différenciation, personnalisation des réponses
émotionnelles
selon la situation et les informations perçues.
-
L’attachement met en place un réseau de
stabilité, de confiance
qui stimulent l’envie de découverte à
partir de la base maintenant
connue et différenciée.
Différence
avec le trouble Angoisse de séparation, traité
plus loin,
l’angoisse de séparation
développementale va disparaître
peu à peu. A 18 mois, les séparations vont
être mieux
tolérées : la maman ou la figure
d’attachement va rester
réelle, vivante, bien qu’absente, grâce
à une représentation
mentale qui s’élabore.
Ainsi
peuvent s’enchaîner, développement des
compétences
sociales, accès à la culture, aux divers
apprentissages jusqu’à
la conquête de l’autonomie.
L’angoisse
de séparation développementale est donc la
première
étape, naturelle et nécessaire de tout
apprentissage.
èL’angoisse
de séparation en tant que trouble .
Anxiété
excessive lorsque l’enfant ou l’adolescent est
séparé des
personnes auxquelles il est attaché.
Trois
séries de signes (Mouren-Simeoni et coll.) :
1)
Détresse
Détresse
(pleurs, colères, angoisses jusqu’au trouble
panique) lors de la
séparation, pour le jeune enfant mais aussi lorsque la
séparation
est imminente lorsque l’enfant peut anticiper,
prévoir ou appréhender.
Selon
l’âge, les manifestations somatiques sont diverses :
-
chez l’enfant : nausées, maux de tête,
maux d’estomac
-
chez l’adolescent : palpitations, tremblement, sensations
d’évanouissement,
gêne ou oppression respiratoire, …
L’accessibilité
aux proches et surtout à la mère est le souci de
chaque instant.
Les enfants restent au plus proche de leur mère ou prennent
régulièrement
et systématiquement des informations sur sa
présence.
Conséquemment,
l’enfant paraît souvent capricieux, exclusif ou
colérique
mais peut également, par peur de la séparation
adopter une
attitude sérieuse, obéissante, toujours
tournée vers
le plaisir de l’entourage.
2)
Rumination, préoccupations morbides
Les
craintes de l’enfant portent essentiellement sur sa famille
ou sur lui-même
(maladies, accidents, agressions, rapt, terreurs nocturnes tournant
autour
de la séparation, de la mort…).
Ces
peurs peuvent, avec l’adolescence se transformer en
obsessions ou prendre
la forme d’une anxiété
généralisée,
plus diffuse mais souvent morbide.
3)
Nostalgie et désir de réunion familiale
Malaise
lors de l’éloignement, pensée
obnubilée par des images
de retrouvailles, …
Schématiques,
ces trois séries de signe sont bien sûr
présentes à
des degrés divers selon l’enfant. De
manière constante et
diffuse, de manière sporadique mais aigüe, le
trouble angoisse
de séparation peut prendre de nombreux visages.
è
Angoisse de séparation selon le DSM III-R.
A.
Anxiété excessive concernant la
séparation d’avec
les personnes auxquelles l’enfant est attaché,
comme en témoignent
au moins trois des manifestations suivantes :
(1)
Peur irréaliste et persistante d’un danger
possible menaçant
les personnes auxquelles l’enfant est principalement
attaché, ou
peur que celles-ci partent sans revenir.
(2)
Peur irréaliste et persistante qu’une catastrophe
imminente ne sépare
l’enfant d’une des personnes auxquelles il est
principalement attaché
: par exemple, l’enfant va se perdre, être
kidnappé, victime
d’un accident…
(3)
Réticence persistante ou refus d’aller
à l’école afin
de rester à la maison ou auprès des personnelles
auxquelles
il est principalement attaché.
(4)
Réticence persistante ou refus d’aller dormir sans
être près
d’une personne à laquelle il est principalement
attaché,
ou d’aller dormir en dehors de la maison.
(5)
Evite systématiquement de rester seul à la
maison, notamment
s’agrippe et suit comme une ombre les personnes auxquelles il
est principalement
attaché.
(6)
Rêves angoissants répétés
à thème
de séparation.
(7)
Plaintes somatiques (par exemple : maux de tête, douleurs
abdominales,
nausées, vomissements) très souvent les jours
d’école,,
ou en d’autres occasions quand il y a anticipation
d’une séparation
d’avec les personnes auxquelles l’enfant est
particulièrement attaché.
(8)
Signes ou plaintes répétitives d’une
angoisse extrême
lors d’une séparation anticipée de la
maison ou d’avec une
personne à laquelle l’enfant est principalement
attaché.
Par exemple : crises de colère ou pleurs, demandes
pressantes aux
parents de ne pas partir.
(9)
Plaintes à répétition,
témoignant d’une angoisse
extrême quand l’enfant est
séparé de la maison ou d’avec
les personnes auxquelles il est principalement attaché. Par
exemple
: veut retourner à la maison, a besoin d’appeler
les parents quand
ceux-ci s’absentent ou quand il n’est pas
à la maison.
B.
Durée de la perturbation : au moins deux semaines
C.
Survenue avant l’âge de dix-huit ans
D.
Ne survient pas exclusivement au cours de
l’évolution d’un trouble
envahissant du développement ou d’un trouble
psychotique.
On constate
une forte angoisse de séparation entre autres chez les
personnes
souffrant de boulimie et en age de s'autonomiser, qui partent faire des
études, trouvent un travail ou s'installent en couple. La
personne
a quitté le système mais en souffre. La
compétition
se continue à distance et les crises peuvent être
également
un moyen indirect pour certaines de retrouver un contact avec la
famille
nourricière ou de la contrôler à
distance (lorsque
le trouble est connu). Les crises peuvent également
constituer un
moyen de se replonger dans ce système auquel elles pensent
avec
nostalgie et dont le trouble alimentaire constitue une
réminiscence.
L'angoisse peut être également
générée
par la séparation du père et du foyer si il y
avait une atmosphère
de concurrence mère-fille. La jeune fille n'est plus au
contact
de son père, ne contrôle plus la situation de
rivalité.
è
Personnalité dépendante .
Le
terme de dépendance affective, à la mode, ne
répond
à rien de précis. Le terme de
personnalité dépendante,
décrit par le DSMIV correspond assez souvent à un
continuum
de l’angoisse de séparation et se
révèle assez souvent
dans les troubles alimentaires.
Il
peut se définir ainsi :
-
Besoin général et excessif
d’être pris en charge
-
Comportement soumis et « collant »
-
Peur de la séparation
-
Apparition au début de l’âge adulte
-
La dépendance peut se révéler dans un
couple, mais
aussi dans le rapport à un ami, un membre de la
famille…
-
Pour répondre au diagnostic de personnalité
dépendante,
il faut répondre à 5 des critères
suivants :
1.
Le sujet a du mal à prendre des décisions dans la
vie courante
sans être rassuré ou conseillé de
manière excessive
par autrui.
2.
Le sujet a besoin que d’autres assument les
responsabilités dans
la plupart des domaines importants de sa vie.
3.
Le sujet a du mal à exprimer un désaccord avec
autrui de
peur de perdre son soutien ou son approbation.
4.
Le sujet a du mal à initier des projets ou à
faire des choses
seul (par manque de confiance en son propre jugement ou en ses propres
capacités plutôt que par manque de motivation ou
d’énergie).
5.
Le sujet cherche à outrance à obtenir le soutien
et l’appui
d’autrui, au point de se porter volontaire pour faire des
choses désagréables.
6.
Le sujet se sent mal à l’aise ou impuissant quand
il est seul par
crainte exagérée d’être
incapable de se débrouiller.
7.
Lorsqu’une relation proche se termine, le sujet cherche de
manière
urgente une autre relation qui puisse assurer les soins et le soutien
dont
il a besoin.
8.
Le sujet est préoccupé de manière
irréaliste
par la crainte d’être laissé
à se débrouiller
seul.
Bien
qu’apparemment
sous contrôle, la personne souffrant de boulimie
développe
assez fréquemment des caractéristiques propres
à la
personnalité dépendant : faible estime de soi et
donc besoin
de réassurance, peur de déplaire, de faire des
erreurs et
donc de choisir, difficulté à évoluer
en dehors du
système familial,… La remise en cause de la
boulimie correspond
assez souvent à la résolution de ces
différents points
et à l'acquisition des compétences qui
correspondent : avoir
la capacité de choisir, prendre ses
responsabilités, exprimer
son désaccord, s'affirmer, avoir confiance en soi, ...
Boulimie et interaction
La
boulimie génère assez
fréquemment une approche multi-dimensionnelle : on
se penche sur les
cognitions (pensées,
représentations…), sur les comportements
(relationnels,
alimentaires…), sur les émotions (tristesse,
ennui, culpabilité…). Ce type
d’approche peut suffire à résoudre le
trouble. Dans les cas les plus difficiles
à traiter, la nécessité
apparaît de changer de cadre, de se mettre dans une
position « meta » et
d’observer comment s’organise le trouble. On
étudie alors le processus d’un point de vue
systémique, le système
étudié étant
alors la personne, les autres, le monde et les interactions qui les
mettent en
rapport. Le lien vient alors au centre du débat et si son
observation permet de
résoudre un trouble jusque là ardu à
aborder, on peut légitimement penser que
les liens et interactions se trouvent au centre du processus.
Le
premier lien en thérapie est
celui du sujet avec… le thérapeute. Aller voir un
psy, c’est déjà courir un
risque relationnel, ce que les personnes ayant à souffrir de
boulimie ont
quelque difficultés voire une impossibilité
à faire. Etablir le lien en
thérapie, c’est permettre à la personne
de mettre en place un espace où quelque
chose de différent est possible, de manière
sécurisée et bénéfique. La
petite
fille modèle peut progressivement quitter sa bulle
protectrice pour s’engager
dans quelque chose de relationnel, ce qui constitue
déjà une presque nouveauté
pour elle et alors constater qu’il est possible
d’établir un lien, de tomber le
voile sans pour cela courir un terrible risque. Le premier lien est
donc de la
responsabilité du thérapeute qui pose le cadre,
établit le rapport, sortes de
premiers pas dans la construction par le sujet d’un processus
relationnel
différent, épanouissant et en même
temps sécurisé.
Les
liens suivants sont externes
au cabinet de consultation. Pour montrer l’importance de
l’évolution
interactionnelle, on peut se pencher sur le retour de personnes qui ont
réussi
à résoudre leurs difficultés
alimentaires. Elles témoignent
généralement d’une
vie relationnelle qui s’épanouit (confiance,
expression de soi, de ses
émotions, sensation d’être à
sa place, conscience et intégration des signes
extérieur
d’intérêt, de reconnaissance
etc…). Par exemple un sujet qui sent le vide se
remplir progressivement au rythme où il renoue des liens
avec sa famille,
retrouve sa place, son rôle tout en quittant
fréquemment celui qui lui avait été
attribué artificiellement pour répondre aux
vicissitudes de la vie, aux enjeux
familiaux…
Les
tâches de réflexion qui
peuvent être prescrites avec pertinence témoignent
de cette importance de la
vie relationnelle et de la notion de risque. On avance à
tâtons avec par
exemple : « Si vous le voulez bien,
j’aimerais que vous réfléchissiez
à ceci tous les matins : imaginez que vous soyez
plus en confiance dans
vos relations avec les autres. Quelle serait la plus petite chose que
vous
feriez ? ». Ici il s’agit
d’aborder le changement interactionnel,
mais de manière sécurisée, en
imagination tout d’abord et également en
matière
de tout petit pas. L’émotion
de la vie en relation doit être abordée sans
qu’il y ait éventualité de
débordement. Un simple changement minimal.
Ce
changement dans la vie
relationnelle est rendu difficile par son risque émotionnel
(débordement,
déception, conflit etc…) mais aussi dans ce
qu’il comporte de risque pour le
système dans lequel évolue le sujet. Evoluer,
c’est également mettre en péril
l’homéostasie de la famille par exemple. Les
interactions changent, le système
peut se sentir menacé dans son écologie.
C’est là un danger perçu plus ou moins
inconsciemment et les différents liens peuvent bloquer la
personne dans son
évolution ou la replacer après des
progrès dans la situation de départ.
ARTICLE
EN COURS DE REDACTION